mardi 19 février 2019

En Afrique francophone, Berlin détrône Paris

La première économie européenne est perçue comme l’un des «partenaires les plus bénéfiques pour le continent africain»





Puissance économique en Afrique francophone



Berlin d’abord... Interrogés pour savoir quelles sont les trois nations dont ils ont la meilleure image, les jeunes leaders d’opinion de huit pays d’Afrique francophone plébiscitent l’Allemagne, en tête du classement, bien avant la France. C’est le cas de 45 % des universitaires, blogueurs, journalistes et autres start-upeurs sondés dans le cadre du nouveau baromètre Africa Leads, établi par l’Institut Immar. En comparaison, Paris n’occupe que le cinquième rang, avec 21 % des suffrages.

Sur les 1 244 influenceurs interrogés pour le Conseil français des investisseurs en Afrique (CIAN), qui regroupe 80 % des patrons français installés sur le continent, beaucoup avouent voir dans la première économie européenne l’un des « partenaires les plus bénéfiques pour le continent ». Ils la placent juste après la Chine et le Japon et sont 70 % à la citer, quand 53 % évoquent la France.

L’Hexagone se retrouve donc en septième position et l’Allemagne en troisième, au sein d’une liste fermée de dix pays « utiles ». Dans l’esprit de ces jeunes influenceurs, «qui font déjà l’Afrique, et qui, selon une mécanique plus vraie en Afrique qu’en Europe, permettent d’anticiper ce que sera l’opinion publique dans quelques années », comme le rappelle Mohamed El Kalchi, le directeur des études de l’Institut Immar, Paris est devancé par Berlin aussi bien au Maghreb (70 % contre 82 %) qu’en Afrique centrale (44 % contre 75 %) et en Afrique de l’ouest (44 % contre 52 %), les trois zones sur lesquelles porte l’enquête.

Que l’Afrique ait cessé d’être le pré carré des anciennes puissances coloniales n’est pas une nouveauté. Avec ses 3,5 % de croissance annuelle depuis 2017 – la Banque africaine de développement (BAD) prévoit 4 % pour 2019 et 4,1 % pour 2020 –, elle est devenue le relais de croissance des autres continents et concentre tous les espoirs à moyen terme. Si l’offensive asiatique crée du surendettement, le baromètre montre que Pékin reste tout de même bien perçu.

Pour Etienne Giros, président délégué du CIAN, dont l’organisation réalise (hors énergie) 80 % des échanges avec l’Afrique, l’Allemagne récolte les fruits de « la politique d’Angela Merkel depuis deux ans avec son initiative “Compact with Africa”, et de l’image de qualité de ses produits ». A ce volontarisme s’ajouteraient, selon lui, les retombées d’une approche globale. « Comme la Chine et le Japon, l’Allemagne arrive avec des offres intégrées incluant des prestations de services, des infrastructures et un financement », note-t-il, déplorant le fait que la France « valorise moins [ses] réalisations » et qu’elle ne soit « pas assez [offensive] en matière de communication ».

« Histoire très hystérisée »


Ce baromètre est le deuxième coup de semonce adressé à la France, qui, en 2017 déjà, avait perdu son statut de premier fournisseur européen du continent au profit de l’Allemagne. En juin 2018, l’assureur Coface mentionnait aussi « l’érosion continue des parts de marché des entreprises françaises en Afrique », rappelant qu’« alors que les exportations représentaient près de 11 % des flux vers l’Afrique au début du millénaire, leur poids a été divisé par deux en 2017 ».

Si la courbe des parts de marché est mauvaise, « l’afropessimisme » n’est pas pour autant de mise en France. A cet égard, le baromètre du CIAN atteste que les marques tricolores conservent une place de choix dans les esprits. Certes, Toyota est en tête de celles que citent spontanément les jeunes leaders d’opinion, mais, parmi les dix marques les plus appréciées, ils évoquent spontanément quatre françaises (Orange, Total, Renault et Sogea Satom).

Dans le classement par secteur, Orange rafle même la mise pour les télécommunications, et Air France pour l’aérien. Au niveau du secteur bancaire, la Société générale est troisième, et la BNP, cinquième. Pour ce qui est de l’automobile, Peugeot prend la cinquième place. « Notre histoire est très hystérisée et c’est dommage, analyse Patrice Fonlladosa, président du Medef Afrique. « Nous avons des débats comme celui sur le franc CFA qui font beaucoup de mal en termes d’image, et masquent le fait que nos entreprises ont en réalité bien compris les besoins du continent. »

Le responsable patronal observe que ces sociétés savent créer des filiales locales, s’inscrivent dans la durée pour «écrire l’histoire longue des pays où elles se sont implantées ». Cela concerne tant les grands groupes que les PME. « Chez Orange, CIC ou Total, des manageurs locaux ont pris l’initiative sur le développement continental », rappelle-t-il. « Et nous avons de vrais champions qui ont développé des savoir-faire dans le secteur des infrastructures, le numérique ou la téléphonie. Sans parler de la défense, bien sûr. Il y a des secteurs où l’on conserve une vraie avance. Soyons-en fiers », note en écho Etienne Giros, qui salue les installations récentes dans la nouvelle économie, les services, la confiserie ou l’économie verte.

Diane Binder, membre du Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA), qui compte parmi les cent leaders économiques de demain de l’Institut Choiseul, plaide pour que ce virage s’accélère et pour que les entreprises hexagonales « viennent financer des projets, pas expliquer ce qu’il faut faire ». Une attitude de rupture qu’elle juge urgente et qui serait la déclinaison économique de la volonté politique affichée par Emmanuel Macron de tisser de nouveaux liens avec l’Afrique ...

samedi 9 février 2019

L'industrie aéronautique tunisienne poursuit son développement

EN MARGE DU SALON AEROMART TOULOUSE, LES ACTEURS TUNISIENS DE L’INDUSTRIE AÉRONAUTIQUE ONT FAIT LES YEUX DOUX AUX INVESTISSEURS ACTUELS ET POTENTIELS.




Supply chain Tunisie




Les temps ont bien changé depuis les années où l’industrie aé­ronautique européenne se cachait pour aller produire dans les pays low cost, désormais appelés « best cost ».
C’est désormais un atout dont chacun se félicite et ce n’est d’ailleurs pas le hasard si le séminaire « Tunisie », organisé en marge du salon Aeromart Toulouse 2019, était ouvert par Bernard Keller, l’ancien maire de Blagnac et actuel vice-président du Toulouse Mé­tropole.» La Tunisie contribue à maintenir à Toulouse le pôle d’excellence qui est le sien, confie-t il d’emblée. C’est du gagnant gagnant. La Tunisie est devenue un maillon essentiel de la supply chain d’Airbus. »Alors que le Maroc dispose d’une base de clientèle plus diversifiée, c’est en effet sur Airbus que la Tunisie a majoritairement misé lors du lancement de son développement aéronautique, il y a une dizaine d'années.

Tunis et Toulouse sont désormais reliés par un vol quotidien de Tunisair, sorte de navette prisée par les ingénieurs, commerciaux, développeurs, formateurs, investisseurs, qui échangent de plus en plus régulièrement entre les deux villes. Les productions, quant à elles, sont acheminées avec la même régularité entre Tunis et Toulouse par camion et bateau. « La logistique est bien rodée, explique Nicolas Larger, président de Fleuret Tunisie. Il y a deux bateaux par semaine et il ne faut pas plus de trois jours pour rejoindre Toulouse depuis Tunis. En ce qui nous concerne, nous acheminons un camion par semaine : ce n’est ni cher, ni compliqué. »

Fleuret fut un des pionniers de l’implantation en Tunisie, où l’entreprise est présente depuis 1998. « L’équation était fort simple, reprend Nicolas Larger. Pour continuer à croître, nous devions diminuer nos coûts, ce que nous pouvions faire de deux manières : l’automatisation ou la production en pays best cost. Nous avons choisi la deuxième solution, plus flexible. Ce qui a permis de nous développer en Tunisie, mais également en France, où le nombre d’emplois est passé de 20 à 110 personnes depuis notre im plantation en Tunisie. »

MULTIPLES ATOUTS


Mais ce qui fait la force de la Tunisie, c’est la multitude de ses atouts. Des pays low cost, il y en a beaucoup, mais la Tunisie a réussi avec le temps à devenir un pays « business friendly » à bien des égards, comme le rappelle Elochi Soufian, consultant en intelligence économique entre l'Europe et la Tunisie (Cabinet Knowyse) à Bruxelles. Cela fait plusieurs années que cet homme chaleu reux et convaincant sillonne la France à la recherche d’investis seurs. « La Tunisie est avant tout un vivier de talents, explique-t il. Elle est classée au troisième rang mondial en termes de taux de diplômés de troisième cycle en sciences, ingénierie, industrie et construction. Notre enseigne ment fournit chaque année 65000 nouveaux diplômés dont 30 % sont issus des filières de l’in génierie, des sciences de l’infor matique, des communications. Nous produisons 6000 ingénieurs par an et la source n’est pas près de se tarir, avec quelque 24000 étudiants en cycles de for mation d’ingénieurs. » L'ingénieur tunisien est en outre multilingue et doté d’un salaire mieux maîtrisé que dans d’autres pays. Le salaire moyen brut d’un ingénieur tu nisien est moindre qu’en Pologne et en Roumanie, deux fois moin dre qu’au Maroc et cinq fois moindre qu’en Espagne ou en Italie. Une prouesse rendue pos sible par la grande disponibilité de diplômés et un coût de la vie maîtrisé.

Les industriels soulignent également l’excellent état d’esprit des collaborateurs tunisiens. « Nous avons choisi la Tunisie par rapport au Maroc notamment en raison de la stabilité du pays, explique Patrick Razat, président de Me cahers. Puis il y a eu la révolution, mais nos collaborateurs ont dé­fendu l’usine, ce qui nous a incités à rester.
Les Tunisiens tiennent à leur entreprise, ils ont envie de travailler, ils sont loyaux et respectueux. Et ils sont bons, très bons. »

LOI SUR LESINVESTISSEMENTS


La Tunisie insiste également sur sa loi sur les investissements, mise en place en 2017 et qui règle l’accès au marché, la gouvernance des investissements, les primes, les résolutions des différends... « Prenons quelques exemples des avantages proposés par cette loi, poursuit Fehmi Mili : exo nération fiscale jusqu’à dix ans dans les zones de développement régional, imposition à 10 % pour l’export, recrutement de com pétences étrangères jusqu’à 30 % des cadres, incitations financières jusqu’à 33 % du montant investi pour les projets à intérêt national, simplicité dans les procédures d’établissement au sein d’un gui chet unique, prise en charge totale des contributions sociales et patronales pour certains in vestissements ainsi qu’une partie du coût de la formation, liberté de transfert des bénéfices du ca pital et des plus-values...

Les en treprises ont beaucoup d’avan tages en Tunisie qu’elles n’auront nulle part ailleurs. »Autant d’atouts qui font de la Tunisie une terre promise avec, encore, de nombreuses oppor tunités d’investissements, notam ment dans les domaines des pièces mécaniques usinées à commandes numériques, du découpage et pliage de tôlerie fine, de l’aéros tructure métallique et fuselage, de la soudureTIG et du traitement de surface. « Une des forces de l’industrie tunisienne, c’est qu'elle offre une supply chain de qualité, certes, mais aussi très complète, qui couvre un très large panel de compétences, explique Soufian. On peut presque tout produire localement en Tunisie et le taux d’interaction entre les différents acteurs locaux est très élevé, comme en témoigne d’ail leurs le parc Stelia où le produc teur d’aérostructures a attiré au tour de lui toute sa chaîne de fournisseurs. » Les statistiques de production montrent en effet un certain équilibre entre les dif férents domaines : travail des mé­taux (40 %), câblage (14 %),com posite (6 %), plastiques (6 %), équipements (5 %), traitement de surface (5 %)...

LE GITAS TRÈS ACTIF


Karim Chafroud, vice-président du Gitas (Groupement des in dustries tunisiennes aeronautiques et spatiales), souligne tous les in dicateurs de bonne santé de l’in dustrie aéronautique tunisienne. « Le nombre d’industriels aéro nautiques en Tunisie a été mul tiplié par huit entre 2004 et 2018 et atteint désormais 81 entre prises, dont 51 sont membres du Gitas, explique-t-il. Et le suc cès ne se dément pas, car nous accueillons chaque année plu sieurs nouvelles entreprises. Le secteur crée en outre 1 000 à 1 500 nouveaux emplois chaque année et l’emploi a augmenté de 50 % entre 2011 et 2018 pour atteindre désormais 17 000 em plois. » Les exportations attei gnent 1,5 Md$, dont 88 % à destination de la France, mais aussi une part croissante à des tination du Royaume-Uni et des Etats-Unis. Le Gitas, dont le président est un industriel français (Thierry Haure-Mi rande), n’est pas pour rien dans ce succès. Doté d'une structure légère et flexible, le groupement s’est im posé comme une plateforme d’échanges de bonnes pratiques essentiellement dans les domaines de la formation, de l’environne ment et de l’industrie du futur. « Nous voulons favoriser les échanges, collaborations et syner gies entre les entreprises du secteur aéronautique et spatial implantées enTunisie, explique Karim Cha froud. Cela, entre autres, pour fa voriser le développement d’une supply chain aéronautique tuni sienne. Nous représentons aussi la profession auprès des autorités nationales tunisiennes et travaillons à la promotion, en Tunisie, du développement d’un environ nement favorable à l’industrie aéronautique et spatiale ainsi que l’implantation de nouvelles en treprises du domaine. Enfin, nous favorisons l’émergence de four nisseurs locaux disposant des agréments nécessaires. » C’est ainsi que la Tunisie s’est patiemment et discrètement pla cée parmi les pays qui comptent sur la carte mondiale des pro ducteurs aéronautiques.

dimanche 13 janvier 2019

En Tunisie, le sel reste le privilège des anciens colons français

En Tunisie, la Cotusal, une société qui fournit le sel nécessaire au sel de table en France, notamment sous la marque La Baleine, n’arrive pas à se détacher de son histoire coloniale. 

Depuis la Révolution, la question de l’exploitation des ressources naturelles par une puissance étrangère fait polémique.


Le sel tunisien exploité à 1 dinars l'hectare en Tunisie !


C’est une histoire qui commence en 1903 sous le protectorat français et qui n’est toujours pas finie. La Cotusal est une société à 65 % française et 35 % tunisienne dont le statut n’a jamais été renégocié depuis sa mise en place sous la colonisation française. Filiale du groupe Les Salins du Midi, spécialisé dans la culture du sel marin, la société a la même convention avec l’État français depuis 1949, soit sous l’ère coloniale.

Cette convention permet d’exploiter les salines tunisiennes à un franc français symbolique par hectare. Elle a été décidée par un décret beylical pour une durée de 50 ans selon les archives que s’est procurées le site Nawaat qui avait enquêté sur la Cotusal. En France, les consommateurs connaissent la Cotusal à cause de la marque de sel La Baleine qui vient des salines tunisiennes.

Depuis la Révolution, plusieurs partis politiques, personnalités et journalistes ont dénoncé le statut de la Cotusal et son manque de transparence sur les modalités de sa convention. Mais la polémique a pris de l’ampleur en 2014 lorsqu’une nouvelle concession d’exploitation a été accordée à la Cotusal à Sbekhat El Garra entre les gouvernorats de Sfax et Mahdia à l’est de la Tunisie.

Cette concession de 11 000 hectares a été établie sans même que la décision ne passe par l’Assemblée des représentants du peuple. Pour beaucoup de Tunisiens, c’est une violation flagrante de la nouvelle Constitution tunisienne. Son article 13 stipule en effet que « les ressources naturelles sont la propriété du peuple tunisien, la souveraineté de l’État sur ces ressources est exercée en son nom. Les accords d’exploitation relatifs à ces ressources sont soumis à la commission spécialisée au sein de l'assemblée des représentants du peuple. Les conventions ratifiées au sujet de ces ressources sont soumises à l’assemblée pour approbation ».

À l’époque, certains représentants de la Cotusal, notamment son PDG Foued Lakhoua, avaient déclaré que l’article 13 ne s’appliquait pas à la Cotusal, car le sel ne serait pas une « ressource naturelle ». Elle s’est même fendue d’un communiqué en mars 2018, dans lequel elle déclare : « On affirme que la Cotusal exploite, dans le cadre de la convention de 1949, les ressources naturelles du sous- sol tunisien alors que cette entreprise ne produit jusqu’à ce jour que du sel marin à partir de l’eau de mer qui est considérée comme une ressource inépuisable. Il n’y a aucune exploitation de gisement qui pourrait s’épuiser à terme. »

« Je me souviens qu’à l’époque, on était bouche bée ! Si le sel n’est pas une ressource naturelle, qu’est-ce que c’est en fait ? » demande Imen Louati, chercheur à l’Observatoire tunisien de l’économie et auteur de l’article « Polémique autour de la Cotusal ». Ettakatol, un parti de centre- gauche et l’un des partis de la Troïka, la coalition qui gouvernait à l’époque, avait demandé des explications à Mehdi Jomaa, ancien premier ministre, et avait déposé une plainte devant le tribunal administratif.

« Aujourd’hui, l’affaire stagne devant les tribunaux, car il n’y a pas d’intérêt financier pour les actionnaires de la Cotusal à revenir sur cette décision, explique Kamel Gargouri, secrétaire général du parti Ettakatol. Mais si on est dans un État de droit et que l’on applique la constitution, il y a un vrai problème. Les ressources naturelles appartiennent au peuple tunisien qui a un droit de regard sur leur exploitation. Si nous voulons mettre en place un vrai État qui respecte ses institutions, il faut faire les choses dans les règles. »

L’affaire de la Cotusal se retrouve dans une impasse liée aux atermoiements politiques mais aussi à un « manque de volonté ». « Nous en sommes encore aux échanges de conclusions alors que cela fait trois ans que le recours a été déposé, il n’y a même pas eu de plaidoirie », témoigne l’avocate d’Ettakatol, Donia Ben Osman.

Les députés de l’Assemblée des représentants du peuple n’ont toujours pas voté la mise en place de la Cour constitutionnelle ni élu ses membres. Or cette cour permettrait de résoudre l’affaire de la Cotusal au regard de la Constitution.

Autre motif de mécontentement, la société n’avait pas payé ses redevances à l’État tunisien entre 2007 et 2016. Elle aurait depuis réglé ses taxes mais en en renégociant le montant au bout d'une bataille juridique. Interrogée par Mediapart, la Cotusal a refusé de répondre à nos questions. « Nous ne souhaitons pas donner suite à votre interview et restons à disposition des pouvoirs publics », a répondu Foued Lakhoua, son PDG, par mail.

Mais selon l’Observatoire tunisien de l’économie, le manque à gagner pour l’État tunisien s’élève à 500 000 dinars (150 000 euros) chaque année depuis que la Tunisie s’est dotée d’un code des mines (2003) qui ne s’applique pas à la Cotusal. L’entreprise est notamment exemptée de certaines obligations fiscales. Pour sa défense, le groupe explique avoir demandé à être rattaché au code des mines, et qu’il s’est vu opposer un refus de l’État tunisien entre 2003 et 2006. Sauf que la Cotusal ne précise pas si elle en a refait la demande après la révolution de 2011.

Au-delà des problèmes de bonne gouvernance, la Cotusal continue d’être au cœur des polémiques en raison de son statut d’exception et de son manque de transparence. En mars 2018, l’Instance Vérité et Dignité, qui s’occupe de faire la lumière sur les sévices des différents régimes en Tunisie de 1955 à 2013, a publié des documents mettant en lumière la permanence de la présence française bien après l’indépendance de 1956 et l’exploitation abusive des richesses naturelles.

Elle cite la Cotusal comme l’un des exemples et montre comment la Tunisie indépendante, dans les accords d’autonomie interne conclus avec la France, n’a pas renégocié ces concessions ni les conditions et les prix de l’exploitation.

L’ambassade de France avait aussitôt répliqué par un communiqué en déclarant que la Cotusal était en partie détenue par des capitaux tunisiens et que la France avait le plein respect de la « souveraineté tunisienne ». « La société Cotusal, détenue par des capitaux tunisiens et français et ne produisant du sel que sur marais salants, a indiqué à l’ambassade avoir demandé à maintes reprises l’abandon de la convention de 1949 conclue avec l’État tunisien », peut- on lire dans le communiqué.

Sauf que cet abandon n’a toujours pas été décidé et que l’octroi d’une nouvelle concession d’exploitation à la Cotusal en 2014 laisse planer le doute sur les réelles volontés de l’entreprise à renégocier sa convention.

Deux journalistes de Mediapart avaient également révélé, dans le livre Tunis Connection (Seuil, 2012), que les intérêts français étaient bien ancrés dans cette entreprise notamment avec l’amiral Jacques Lanxade qui avait été ambassadeur de France en Tunisie entre 1995 et 1999 et qui siégeait aussi au conseil d’administration de la Cotusal. L’actuel dirigeant de la Cotusal, Foued Lakhoua, est aussi président de la Chambre tuniso-française du commerce et de l’industrie, un conflit d’intérêts qui reflète à sa façon les ambiguïtés autour de la Cotusal.

Les ressources naturelles, une exploitation mal répartie


« Là, nous sommes dans une course contre la montre, car il faut notifier la fin de la convention, dix ans avant sa date de fin, explique l'économiste Imen Louati. Vu qu’elle doit se finir en 2029, il faut le faire en 2019... Sinon, le renouvellement sera automatique. Je pense qu’aujourd’hui le débat va au-delà du respect de la Constitution : il y a encore des gens au sein du gouvernement et même au sein de l’Assemblée qui ont peur de renégocier ces termes, car ils pensent que ça va faire fuir les investisseurs étrangers. Il faut se débarrasser de notre complexe d’infériorité d’anciens colonisés. »

Le mouvement en faveur d’une renégociation du statut de la Cotusal s’inscrit aussi dans un contexte social où les Tunisiens demandent davantage de transparence sur l’exploitation des ressources naturelles par des entreprises étrangères. En 2015, le mouvement Winou el pétrole avait émergé sur les réseaux sociaux tunisiens et demandait davantage de bonne gouvernance. Mais il n’avait pas abouti même s’il avait pu remettre au centre du débat la question des ressources naturelles.

En 2015 et 2016, les habitants de l’archipel de Kerkennah ont manifesté contre Petrofac, la société pétrolière de prospection et d'exploitation énergétique. En 2017, durant le sit-in près du site pétrolier d’El Kamour, qui a duré près de trois mois, les manifestants ont aussi questionné l’exploitation des richesses et l’absence de bénéfices pour les populations locales. Le cas des phosphates de Gafsa est également plusieurs fois évoqué.

Ces mouvements sont partis d’une inégalité de répartition des recettes engendrées par l’exploitation des ressources naturelles qui n’ont pas servi à développer les régions dans lesquelles se trouvent les usines et qui n’ont pas su absorber la masse grandissante de chômeurs dans ces mêmes régions, entraînant ainsi des mouvements sociaux.

S’ajoute à cela le manque de bonne gouvernance dans la gestion des ressources. Le Parlement tunisien par exemple a voté pour la première fois en 2017 l’attribution de recherche et de permis pour l’exploitation d’hydrocarbures alors que cela fait plus de 50 ans que la Tunisie produit du pétrole.

La Tunisie avait d’ailleurs été mal classée par le Natural Resource Governance Institute qui avait déclaré dans un rapport que les Tunisiens ne bénéficiaient pas assez des richesses générées pas ces ressources et qu’il y avait une « opacité » dans l’octroi des permis à des sociétés étrangères.

La question reste de savoir pourquoi le blocage se poursuit et pourquoi la Cotusal veut maintenir les choses en l'état. « Il y a plusieurs positionnements par rapport à cette affaire Cotusal, déclare Imen Louati. Il y a ceux qui veulent que le groupe soit nationalisé, il y en a d’autres qui souhaitent que le contrat soit régi par l’actuel code des mines en respectant la loi en vigueur. Mais tous sont d’accord sur le fait que la Tunisie n’est pas avantagée dans cette situation et voudraient que l’État tunisien bénéficie davantage de cette exploitation. » Car, rappelle l'économiste, « pourquoi exportons-nous le sel de façon brute? Pourquoi le sel n’est-il pas transformé en Tunisie? Cela pourrait créer de l’emploi. »

Aujourd’hui, le sel La Baleine est extrait des marais salants tunisiens, puis exporté vers l’Italie où il est conditionné avant d’arriver en France. La main-d’œuvre en Tunisie et le processus d’exportation coûtent très peu à la France.

La Cotusal réalise près de 30 millions de dinars de chiffre d’affaires avec une production annuelle de 1 million de tonnes de sel, dont 750 000 tonnes sont destinées à l’exportation. La production annuelle de sel marin par cette compagnie représente 70 % du sel produit en Tunisie.

« Aujourd’hui, je pense que l’État français a aussi un rôle à jouer dans la régularisation de la situation de la Cotusal : ce sont aussi aux actionnaires français de faire pression pour qu’il y ait un changement », déclare l'avocate Donia Ben Osman. « Le problème c’est que mettre à jour le contrat ne veut pas forcément dire que l’on va régler la question du néocolonialisme qui rôde autour de la Cotusal, mais ce sera déjà un pas en avant », déclare Mohamed Dhia Hammami, chercheur, qui a mené l’enquête pour Nawaat.

À ce jour, la Cotusal n’a toujours pas rendu publics les noms de ses actionnaires français et tunisiens.

vendredi 14 décembre 2018

De nouvelles puissances sur le continent africain


La carte des investissements des états souverains en Afrique




carte des investissements en Afrique
carte des investissements en Afrique

mercredi 28 novembre 2018

Des escrocs montent une arnaque financière avec la complicité de l'université privée de SFAX

Chaine de Ponzi



Depuis l'internet et la dématérialisation, des entreprises financière, certaine ont compris qu'il y avait du blé à ce faire avec un public non averti. Ainsi 4 loustics avec un savant marketing surfant sur la révolution du jasmin et plein de couleurs ont réussi a persuader l'institut polytechnique des sciences avancées de Sfax (https://ipsas-ens.net/) de leurs prêter l'auditoire pour leurs ventés les pouvoirs de la finance. Il s’agit d'investir de l'argent en bourse sur le marché du Forex, le tout sous forme de formation sonnante et trébuchante. Il est aussi question recrutement parmi son entourage pour investir dans la société Imarket live. Chaque recrutement fessant l'objet d'un bonus financier, idem pour les formations. C'est à celui qui recrute le plus parmi le public et son entourage qui empochera l’argent de la chaîne du cash.



Imarkets Live Tunisie






Le produit financier et la place de marché sont fournis par la société Imarkets live, creer aux États-Unis. Les parrains africains en Tunisie sont là pour créer une chaîne humaine de Ponzi pour s'enrichir. Le  cerveau et le portefeuille des têtes pensantes sont bien loger à l'étranger. Je précise que les produits Forex sont interdits en France et ailleurs en Europe et qu'ils font l'objet de multiple avertissement par les gendarmes de la bourse. Mais en Tunisie la banque centrale semble dépassée par l’évolution des produits financier et incompétent pour régir le secteur de la bourse en Tunisie. On peut dire qu'ils sont carrément aux abonnés absents. 


Je vous parler un peu du fondateur de Imarkets live, M. Terry 

Chris Terry – CEO iMarketsLive
Chris Terry – CEO iMarketsLive 

Maintenant nous allons voir quelques-uns des faits de cet escroc de haut vol.

  • Christopher Terry était impliqué dans l’arnaque Zeek Rewards fermée par la SEC le 17 Août 2012 pour être système de Ponzi en ligne d’une valeur de 600 millions de dollars.
  • Vous avez déjà entendu parlé de Linda Rashke, en résumé elle avait ouvert une salle de marché en direct dans la quelle des centaines de personnes ont payé d’importantes sommes pour trader avec elle. Cependant, la majorité des personnes qui l’ont rejointe ont perdu d’énormes sommes.
Vous vous demandez c’est quoi le lien avec Imarkets live ?Voilà, Christopher Terry était son partenaire. C’est après l’effondrement de celle ci que Terry a rejoint Zeek Rewards avant de créer Imarkets live. Le fait que les deux premiers soient des arnaques signifie pour moi que Imarkets live l’est aussi.
Pour finir, si votre anglais est assez bon vous pouvez lire 3 plaintes de distributeurs contre Terry.
Vous voila prévenus !

Imarkets Live
Imarkets Live


mardi 6 novembre 2018

Ulysson à Tunis

Recherche témoignage de victime





Ulysson




C'est entreprise Production Audiovisuelle qui escroque les entreprises tunisienne et les jeunes personne et qui s'appelle Ulysson, elle est situer à 7, Rue Mezri, Tunis 1005, Tunisie

Cette entreprise Ulysson a déjà fait deux victimes qui possèdent des sociétés, j'ai rencontré les deux victimes et j'ai pu m'entretenir avec elle. Cette entreprise existe depuis des longues années, elle a une dirigeante qui s'appelle Selma Thabet. Nous recherchons donc des personnes qui ont été en contact avec cette personne Selma et qui se sont fait arnaquer par ses agissement et fausse promesse. D'autres témoignages sont les bienvenus pour comprendre le modus operandi pour compléter l'article en question.  Vous pouvez me contacté via Facebook: https://www.facebook.com/ietunisie/









lundi 29 octobre 2018

Les industries et territoire les plus polluer en Tunisie en NOX

Tunis et Gabes sont les régions du pays les plus polluées par le dioxyde d'azote (NO2), révèlent de nouvelles données satellites de l'Agence spatiale européenne (ESA). 


La région de Tunis et ses nombreuses banlieues autour du gouvernorat sont particulièrement touchées aussi.Un nouveau satellite de l'ESA permet d'étudier et de comparer les sources d'émission de dioxyde d'azote les plus polluantes au monde.


Gabes
Gabes est une ville polluer par le NOX, mais moindre que Tunis

dioxyde d'azote (NO2



Gabès possède une grosse industrie chimique et des phosphates qui sont extrêmement polluants pour l'air et la mer depuis des nombreuses années, tout cela a une influence sur la pollution de l'air. Mais aussi et surtout au grand nombre d'usine chimique sur Gabes. Quand a Tunis "Le trafic est le principal coupable des impacts sur la santé, avec sont port de la Goulette et c'est nombreux axe routier dans la capitale.


Tunis
La capitale est l'endroitle plus polluer en air en Tunisie